jeudi 22 septembre 2022

Pêche aux outils scientifiques

Depuis le début de l'année 2022, Nature-Témoin a participé à l'organisation de la 6me journée 'Pêche aux outils scientifiques', le lancement du support méthodologique pour quantifier les interactions karst/rivière, rencontres inter réseaux cours d'eau animées par l'association GRAIE en appui sur les réseaux scientifiques des Zones Atelier Bassin-versant du Rhône et les réseaux professionnels de l'ARRA2, du ARPE-RRGMA, du RésO, du réseau des CEN et de FCEN, en partenariat avec l'Agence de l'Eau Rhône-Méditerranée.

Dans un contexte de changement climatique impliquant l'augmentation de sécheresses, il est nécessaire d'agir pour gérer la rareté de la ressource en eau. Cela passe par la connaissance des volumes maximums prélevables, afin d’effectuer des prélèvements conformes avec la ressource disponible, sans perturber le fonctionnement des milieux naturels.
Un manque de connaissances subsiste concernant la ressource karstique, alors que les formations calcaires favorables à la karstification constituent environ 35% de la surface de la France métropolitaine.
Pour répondre à ces objectifs, des outils permettant de caractériser les échanges entre rivière et nappe en milieu karstique, ont été développés, et testés sur le site des gorges de la Cèze. Le GRAIE propose ainsi de faire découvrir le support méthodologique rassemblant ces outils, développé par les chercheurs de la ZABR.

L’objectif général de cette pêche aux outils scientifiques est d’apporter des éléments de connaissances et des outils de diagnostic sur les échanges karst/rivière. Plus précisément il s’agit de :

  • Permettre aux gestionnaires de milieux aquatiques et aux chercheurs d’échanger sur une problématique commune, confronter les méthodes et savoirs;
  • Comprendre le fonctionnement des différents outils de caractérisation des échanges karst-rivière et la méthodologie permettant de les articuler entre eux;
  • Prendre part à une démonstration concrète d’application sur le terrain avec la mise en pratique des outils;
  • Contribuer à une réflexion globale en termes de gestion et de préservation de la ressource en eau.
 

Le 22 septembre enfin, la fameuse journée a eu lieu sous le soleil, au deuxième jour de l'automne, avec même un tout petit peu d'eau dans la Cèze, grâce à l'épisode pluvieux la semaine dernière ! 
 
... à sec pendant 2 mois << La Cèze devant Monteil >> presqu'à sec, après l'épisode...

Présente comme association "rivières du bassin", Nature-Témoin a pris pour son compte 5 interventions de J. Jolivet et E. Van den Broeck.

Deux cars ont baladé les participants à partir de Barjac jusqu'au plateau de Méjannes, sur divers sites clé dans la vallée de la Cèze, pour la présentation des outils et les ateliers: près du pont de Tharaux, au Sources de Monteil, où il y avait le picnick convivial, puis à Goudargues.

  • A. Clémens (GRAIE- ZABR) a ouvert la session pour présenter la Zone Atelier Bassin du Rhône.  
  • L. Cadilhac (Agence de l'eau RMC) est venu parler des enjeux et de l'origine du projet à l'échelle du bassin du Rhône.
  • F. Paran (EVS Mines St-Etienne) a présenté le support méthodologique des interactions karst-rivière et des outils.
  • S. Lalauze (EPTB Ardèche) a parlé des enjeux sur l'Ardèche et des intérêts d'une collaboration par rapport à la méthode Cèze sur la campagne Ardèche, actuellement en cours (2021-2024).
  • H. Brentegani (AB Cèze) a présenté le contexte géologique et le site de Tharaux et les problématiques et enjeux rencontrés sur le site de la Cèze.
  • J. Jolivet (NT) a présenté de la source de Monteil au sein des gorges karstiques.
  • Un premier atelier de mesures de conductivité, le profil en long thermique, altimétrique, détection des apports d'eaux karstiques inconnus par survol aérien est présenté par D. Graillot et S. Peuble (EVS Mines St-Etienne), H. Chapuis (RIEau) et J. Jolivet (NT).
  • V. Lavastre a démonstré les outils de géochimie pour préciser le temps de résidence dans le karst, complémentaire au diagnostic géologique.
     
     

    pompage à 1m70 de profondeur dans le sédiment: niphargus !

  • Au deuxième atelier, F. Malard (LEHNA-Lyon 1) a démonstré l'outil de biologie 'Invertébrés interstitiels' et a donné des informations sur la biodiversité de la rivière, complémentaire au jaujeage différentiel et à l'IRT, pour diagnostiquer à la fois du karst vers la rivière et vice-versa.
  • Le troisième atelier était organisé par Nature-Témoin (J. Jolivet et E. Van den Broeck):
    • Traçages artificiels, identifier les connexions et directions d'écoulement, estimation du temps de séjour des eaux.
       
                        interventions NT devant les Sources de Monteil... A SEC !!

    • Démonstration du matériel: traceurs fluorescents, outils et capteurs passifs, actifs et électroniques, démonstration d'appareils sous développement lesquels permettent d'économiser sur le coût, le volume et le poids des instruments, de faciliter les multitraçages, de réduire les faux positifs, d'identifier des fluorescences naturelles, d'identifier des polluants par l'utilisation de canaux complémentaires d'excitation et de détection sur toute la gamme des longueurs d'ondes allant de l'ultra-violet jusqu'aux infrarouges, possibilité de rajouter des capteurs de conductivité-température-profondeur-pression-courant, possibilités de télétransmission et chargement par induction.

  • J. Jolivet (NT) a présenté le site et fonctionnement des sources de Goudargues.
  • D. Graillot et S. Peuble (EVS Mines St-Etienne), H. Chapuis (RIEau) et J. Jolivet (NT) ont fait le bilan de la conductivité, le transfert et la synthèse, en quoi cela a servi pour les études des sites.
  • Un atelier par H. Brentegani (AB Cèze) et D. Graillot (EMSE) a démonstré le matériel des sondes d'enregistrement CTD pour les chroniques de données pour les sources, le suivi de la conductivité, des débits et la température.
  • En atelier, H. Chapuis (Bureau d'Etudes RIEau) a démonstré la manipulation de l'outil du courantomètre pour le jaujeage différentiel, les débits d'apports et pertes, l'évolution spatiale et temporelle des débits, le bilan des pertes et apports amont et aval.




    (crédit photos: F. Paran & E. VdBroeck)

samedi 30 juillet 2022

Mesures d’air et gaz carbonique à la grotte de Saint-Marcel d’Ardèche

Erik Van den Broeck – Joël Jolivet – Guido De Keyzer – Eric Saeys (NT)

En dehors des descentes classiques à la grotte de Saint-Marcel d’Ardèche, Nature-Témoin a effectué huit séances dédiées à la mesure des débits d’air et de gaz carbonique, pendant la saison chaude des années 2019-2022. Cette série de petites campagnes à pour but de commencer une chronique de mesures destinées à être utilisées, par exemple, dans le suivi des effets sur le karst par des changements climatiques, en rallonge de la campagne d'études Mines St-Etienne / Nature-Témoin / EPTB Ardèche / Agence de l'Eau-RMC, actuellement dans sa deuxième des quatre années.

La grotte de Saint-Marcel fait partie du système karstique de Saint-Marcel-d’Ardèche, long d’environ 65 kilomètres et actuellement le plus important du département de l’Ardèche. Il se trouve en partie dans la réserve naturelle nationale des gorges de l’Ardèche, ce qui explique l’intérêt de notre suivi. La grotte, située sur la commune de Bidon, appartient à la commune de Saint-Marcel d’Ardèche qui en exploite une partie pour des visites touristiques et spéléologiques.

Ce système karstique, organisé sur cinq niveaux superposés dont deux noyés, s’étend sur un dénivelé de 325 m, entre +218 et -107 m par rapport au niveau de l’Ardèche. Officiellement, il compte 6 entrées naturelles : l’entrée historique, la galerie fossile débouchant à 87 m NGF dans les gorges de l'Ardèche, appelée l’entrée naturelle ; les grottes Deloly et du Bateau, la perte de la Cadière et la source de l’Ecluse, s’ouvrant au niveau de la rivière Ardèche dans les Gorges ; et l’Aven de Noël, l’entrée située la plus haute. Cette dernière se trouve à l’altitude de 262 m NGF et jonctionne avec la grotte de Saint-Marcel dans ses étages inférieurs, sans qu’une traversée exondée ne soit possible. En prenant en compte l'importante Galerie du Lac et sa probable paléo-accès par la grotte de la Tête du Lion et des rumeurs sur l'existence d'autres entrées non-déclarées dans des terrains privés, on peut supposer que la compréhension des flux thermodynamiques serait encore plus compliquée.

Notre campagne de mesures ne prétend à aucune conclusion définitive, vu qu’elles ne se trouvent que dans un stade préliminaire où nous avons essayé de définir un certain protocole opérationnel, afin que la mesure devienne répétable selon une méthode bien définie. Nous venons de commencer seulement à relater ces premières données aux caractéristiques physiques, géologiques, hydrologiques du karst des gorges de l’Ardèche et aux conditions météorologiques environnantes. En cours de route, nous rencontrerons certainement d’autres facteurs à mettre en relation avec les données, afin d’optimiser les calculs ou les résultats.

Pour les opérations, nous avons utilisé le matériel suivant:

  • CO2-mètre/Oxymètre DuO2-vKing 4Yb NDIR avec hygromètre et thermomètre infrarouge
  • CO2-mètre Oldham C1100 avec SenseAir K30 NDIR
  • Oxymètre Greisinger GOX-100
  • Thermomètre à infrarouges Velleman
  • Anémomètre La Crosse à hélice
  • Bâche en PVC de 3x3 m avec opercule de mesure
  • Quelques rubans d’adhésif velcro
  • Leica Disto A3 avec carte DistoX1 par Beat Heeb
  • Palm Tungsten T3 avec logiciel Auriga Topo par Luc Le Blanc



Synthèse des mesures effectuées à la grotte de Saint-Marcel d’Ardèche
(actualisé 07/2022, Nature-Témoin)

Remarques:
- Les températures d'air, mesurées à l'ombre, ne correspondent en rien avec les relevés fait à Bourg, ni à Saint-Remèze, d'où l'importance de (re)mettre en opération une station météo extérieure dans le canyon des gorges de l'Ardèche. Nous ne pouvons pas insister assez sur la remise en marche de la station au bivouac de Gaud, par exemple.
Les mesures sur place diffèrent considérablement de celles des stations MétéoFrance, éloignées d'au moins de 10 kilomètres, par exemple:
à 9h30: 25.2 *C ( par rapport à la météo Gras: 19.8 *C; Bourg-St-Andéol: 20.6 *C; Prs: 1019.5 hPa Vent 12 kmh NNW rafales 27 kmh pluie 0)
à 15h30: 34.0 *C (par rapport à la météo météo Gras: 30.5 *C; Bourg-St-Andéol: 31.8 *C; Prs: 1018 hPa Vent 6 kmh SE rafales 18 kmh pluie 0)
- La mesure ponctuelle des débits d'air chargé à différent points dans la cavité montre que souvent, le taux de CO2 sous la Cathédrale, au niveau de la trappe du réseau III et au débouché de la galerie du Lac, est plus élevé qu'ailleurs dans la partie Sud de la cavité.
- La mesure ponctuelle des débits d'air chargé à différent points dans la grotte de Saint-Marcel montre que son entrée fossile débouchant dans les gorges de l'Ardèche, appelée l’entrée naturelle, n'est que l'exutoire d'une partie du flux d'air total du système. Des mesures en 2019 et 2020 ont montré qu'à l'étroiture "point 89" dans la galerie des Boas, un courant d'air N-S plus important existe que celui sortant par l'entrée naturelle. Afin de mieux comprendre ces flux d'air-carbone, il serait intéressant de répéter régulièrement, en hiver aussi qu’en été, les mesures dans les différents réseaux du système karstique de Saint-Marcel, en prenant note du rattachement physique de l'Aven de Noël à celui-ci.
- Sans disposer d'assez de données pour une représentation graphique, on constate d’année en année la tendance croissante en température et en volume d'air chargé sortant de l'entrée naturelle de la grotte de Saint-Marcel. En début de juillet 2022, ce débit d'air chargé a déjà atteint les valeurs des apogées d’été de 2020 et 2021, pour une sortie record de 12,6 tonnes de CO2 le jour du 02/07/2022 ou 146,6 grammes par seconde. C'est l'équivalent d'émission de CO2 sur un trajet d'un kilomètre par une voiture moyennement polluante, mais ici dans un contexte entièrement naturel.
Pourtant, les spéléologues du groupe de Bourg-Saint-Andéol, sortant ce jour-là de la cavité, nous confirmèrent que le taux de gaz carbonique maximal rencontré pendant leur visite n’était que de 1,6 %, ce qui est assez bas par rapport aux concentrations rencontrées dans ces grottes.
Il n’y a donc pas nécessairement besoin de constater une hausse de la concentration du CO2 pour s’exposer à davantage de gaz carbonique…

Il est important de noter que l’entrée « naturelle » a subie plusieurs modifications, lesquelles ont très probablement marqué des changements dans le fonctionnement de l’aérologie de la cavite. A travers les périodes géologiques auxquelles son porche naturel, large de douze mètres, a changé d’aspect jusqu’aux derniers enfouissements après ses occupations préhistoriques les plus récentes, l’agrandissement de 300% de l’entrée naturelle lors des fouilles archéologiques au siècle dernier a précédé de nombreuses modifications les quarante dernières années. Comme, entre autres :

  • le mur en béton avec parement en pierre naturelle faisant partie de la protection des fouilles sous le porche ;
  • l’installation d’une porte blindée faisant fermeture hermétique ;
  • le remplacement de la porte blindée par une grille, début des années 2000 ;
  • le creusement de 60 cm de vide sous toute la largeur du mur lors de la crue de 2002 ;
  • la démolition du mur bâti et son remplacement par une grille et le recouvrement de 90% de la grille par des panneaux pleins en bois en 2017-2018.

Actuellement, la superficie des ouvertures sous le porche d’entrée totalise environ un mètre carré, mais en fonction du suivi post-travaux, celle-ci pourrait progressivement être ouverte.

A chaque étape dans la séquence des aménagements, il est logique de rencontrer des changements du fonctionnement en matière de climatologie, comme nous le constatons par rapport aux mesures effectuées dans le cadre d’un suivi climatique de la cavité par le comité départemental de spéléologie de l’Ardèche de 2018, afin d’évaluer l’impact que pourraient avoir les travaux de modification du dispositif de fermeture.



Recommandation d’agrandir l’entrée ‘naturelle’ de Saint-Marcel
(Présentation à l'ICS en juillet 2022)

Lors d’une communication au Symposium n° 6 de climatologie souterraine « Underground air circulation modelling of the Saint-Marcel Cave (Ardèche, France) to adapt the opening system of the cave entrance to optimal habitat conditions for bats », pendant le 18e Congrès International de l’UIS en Savoie, en date d’avant-hier, E. Berthomé a présenté les recommandations d’une modélisation de la galerie appelée « l’entrée naturelle » de la grotte de Saint-Marcel. L’agrandissement de l’ouverture actuelle de 1,8 à 3,8 m2 serait optimale pour la population de chauve-souris (ne jamais très nombreuses, 70 spécimen en 2017) occupant cette galerie d’entrée. Lors de l’interrogation de l’intervenant par le public, si le Groupe de Travail ait pensé à l’impact qu’un tel agrandissement de l’ouverture pourrait provoquer en matière des flux dans la partie profonde de la grotte, il semble que l’étude ne s’est concentrée que sur les 50 premiers mètres.

Nous soulignons l’importance, lors d’un agrandissement de cette ouverture, d’un suivi post-modificatif et l’évaluation, non seulement dans la galerie d’entrée, mais partout dans la grotte, afin de connaître les impacts sur la climatologie entière de la grotte de Saint-Marcel d’Ardèche.
En d’autres mots, si on triple la superficie d’une entrée par laquelle passe un débit journalier dépassant les 500.000 m3 d’air chargé par jour, il serait intéressant de suivre ce que génère une réduction par facteur 2 de la résistance thermodynamique d'un flux partiel représentant la moitié des 981.000 m3 sortants au croisement des grands flux d’air dans la zone profonde, par exemple vers la Niche du Chien.
Malgré le confort à l’habitat des chauve-souris dans une seule zone d’entrée, pensons en particulier aux effets sur d'autres habitats, aux changements des circulations d’air, pouvant provoquer des effets inverses, des évolutions dans le développement de certaines algues ou des mousses, à l'affinage du parc viticole ailleurs dans la grotte, ...


Bibliographie : 

Berthomé E. et al. (2022), Underground air circulation modelling of the Saint-MArcel Cave (Ardèche, France) to adapt the opening system to optimal habitat conditions for bats. Actes du 18e Congrès International, UIS, Chambéry, Juillet 2022.

Brunet P., Dupré B., Faverjon M. (2008), La grotte de Saint Marcel d’Ardèche – co-édition CDS07.

LPO coordination Région Auvergne-Rhône-Alpes (2017), Dossier du réaménagement du dispositif de fermeture de l’entrée naturelle de la grotte de Saint-Marcel (Bidon) pour la conservation des chauves-souris. Dossier de demande d’autorisation de travaux dans la RNNGA et site Natura 2000 de la Basse Ardèche, groupes de travail et comité consultatif, 2016-2017, 20 pp.

jeudi 5 mai 2022

Jour du dépassement 2022

Ce 5 mai 2022 marque la date à laquelle notre pays aura aura émis plus de gaz à effet de serre, pêché plus de poissons, abattu plus d'arbres, cultivé et bétonné plus de terres que ce que les écosystèmes sont capables de lui fournir ou d’absorber; c'est environ 5 mois plus tôt qu'en 1961!
L'an dernier, le 29 juillet marquait le Jour du dépassement des ressources planétaires 2021.

Que peut-on faire?



Durant l’entre-deux tour de la présidentielle, E. Macron avait évoqué l’idée d’une planification écologique. L’objectif étant d’aller "deux fois plus vite" dans le rythme de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais là, nous consommons de plus en plus vite les ressources de notre planète et notre impact ne réduit pas assez. Cela a conséquences graves. 

Un article scientifique indique que les modèles de prévision climatique estiment que pour chaque degré de réchauffement gagné, le cycle de l'eau s'accélère de 7 %. Concrètement, cela veut dire que les zones humides seront 7 % plus humides, et les zones sèches seront 7 % plus sèches. Des estimations qui s'accordent avec les dernières prévisions du Giec sur les conséquences envisagées du changement climatique : si l'humanité arrive à limiter la hausse des températures à 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels (sachant que nous sommes déjà à 1,2 °C), les phénomènes météo extrêmes seront de toute manière 14 fois plus forts comparés à ce qu'ils étaient au début de la révolution industrielle.

mercredi 9 février 2022

Publication d'article: Banquettes-limites

Joël Jolivet vient de publier sur HAL un nouvel article, intitulé Rôle de l’Urgonien dans la morphologie des formes pariétales en milieu endo-karstique: les Banquettes-limites.
L'article est de la main de Joël Jolivet (Association Nature-Témoin), Steve Peuble (Mines Saint-Etienne, Centre SPIN), Erik Van den Broeck (Association Nature-Témoin), Frédéric Gallice (Mines Saint-Etienne, EVS - Environnement Ville Société) et Didier Graillot (PEG-ENSMSE - Département Procédés pour l'Environnement et Géoressources).

Résumé:

Les banquettes-limites sont des formes d'évolution pariétale présentes dans de nombreux conduits karstiques. De différentes largeurs et épaisseurs, elles indiquent une dynamique hydraulique au sein d'un maillage de fractures qui évolue vers l'édification de drains horizontaux ou verticaux dans la masse calcaire.

Jusqu'à présent, seuls les phénomènes hydrodynamiques intervenant dans leur élaboration ont été étudiés selon des contextes de spéléogenèse en milieu épinoyé à noyé suite à une élévation du niveau de base local ou régional, d'asséchement progressif dans le conduit, de l'altération incompléte par dissolution voire de corrosion sous remplissage des argiles déposées par aggradation sédimentaire.

Si le flux hydraulique est évoqué comme agent de façonnement, il n'en est pas de même du contenant, ici la roche encaissante, substrat au développement de ces morphologies particulières.

Les analyses géochimiques réalisées dans les parties concaves et convexes des parois induisant des banquettes-limites montrent une hétérogéneité dans les séries calcaires urgoniennes de leurs composants chimiques, de leurs textures, et de leurs ciments et cémentations de dépôt.

Ces ensembles hétéropiques des séquences du Barremo-Aptien ont contribué de manière passive à la constitution des banquettes-limites.

Un protocole de caractérisation géochimique par spectroscopie ICP-AES a été mis en place pour mesurer la concentration en éléments majeurs, mineurs et traces sur des échantillons calcaires du Barrémien supérieur et Aptien inférieur prélevés au niveau des différents reliefs pariétaux en cavité.

Cette approche s'inspire de l'étude menée dans la même région sur les sédiments du Crétacé supérieur et de l'Eocène (Jolivet et al., 2020, Karstologia 75).

Des échantillons de roche ont été prélevés sur six sites et ont ensuite été polis afin de déterminer leur structure de dépôt d'après le tableau de classification de Dunham.

Les sites de prélèvement se trouvent d'une part en Ardèche en rive gauche des gorges et d'autre part sur le plateau de Méjannes le Clap dans le Gard.


Grotte des Tunnels - Points de prélèvements dans les formes pariétales des parois


 L'article complet est à télécharger ici.

The ecological footprint emissions from this story are an estimated 0.2g to 1,0g CO₂ per pageview.

vendredi 10 décembre 2021

Donnez un cadeau Eco en fin d'année: Transformez le CO2 en pierre

Il y a quelques semaines Orca, une installation en Islande, a commencé à capturer du CO2 direct de l'atmosphère pour l'emmagasiner sous terre, minéralisé en carbonates sous forme de roche. C'est la plus grande machine au monde qui transforme le gaz carbonique de l'air en pierre.

Un ingénieur en catalyse de l'université de Gand (Belgique) est fondateur de Capture, un centre de recherches autour de la réutilisation du gaz carbonique, en voie pour un monde neutre en CO2. Il s'est concentré sur le recyclage de gaz carbonique, sachant que les processus naturels comme la photosynthèse n'arrivent plus à suivre la montée du CO2 anthropique dans l'atmosphère pour le fixer en biomasse laquelle, transformée en énergie fossile, a été largement surexploitée par l'humanité.
Le coût serait insurmontable pour le traitement de CO2 non dilué: environ 500 euros par tonne de CO2 capturé provenant d'air à 400 ppm, pendant l'extraction d'une source concentrée coûterait 10x moins cher. Mais le prof. Saeys propose d'utiliser de l'énergie naturelle géothermique, aquatique et surtout solaire pour les CCS (carbon capture storage). Ces unités vont séparer le CO2 de l'air et, pour éviter sa redistribution dans l'atmosphère, le séquestrent dans le réservoir géologique souterrain, enrichi de minéraux catalyseur pour le transformer en carbonates.

Ce n'est pas par hasard qu'une première machine vient d'être mise en service près de Reykjavik, capitale de l'Islande. Construite en moins d'un an, elle utilise une partie de l'énergie géothermique de la centrale de Hellisheiði Geothermal Power Plant, générée par le volcanisme de cette île. Cette énergie à cent pour cent renouvelable entraîne les 4 double pompes à chaleur des capteurs de CO2 de taille compacte, pas plus grand que quelques containeurs.
Comme un Sodastream géant, Orca rajoute le CO2 à l'eau qu'elle injecte dans le sol plein de basaltes volcaniques, qui ont formé l'île. Grâce à un processus naturel de minéralisation, la réaction du basalte, le CO2 se transforme ainsi en roche, ce qui prend normalement des millénaires. L'accélération par Orca permet une transformation complète en moins de deux ans, ce qui est très avantageux au bilan carbone !

Le projet Orca (islandais pour énergie), référencé par Forbes, National Geographic, Unesco, a été lancé par Climeworks CDR, une start-up Suisse, et la société Islandaise Carbfix, où est installé le puits d'injection, bientôt capable de séquestrer annuellement 34 000 tonnes de CO2 sous terre. Parmi de grands partenaires et plus de 8000 individus privés, NATURE-TEMOIN soutient activement Orca.
L'objectif de Climeworks, d'inspirer 1 milliard d'humains à être clima-positif, est exemplaire et doit inciter plus d'entreprises et individus à Agir Maintenant - Act Now, à enlever activement le gaz carbonique de l'air. Chaque tonne de CO2 enlevé de l'air est une tonne qui ne contribue PAS au réchauffement climatique. Ralentissons le changement climatique !

Actuellement, la machine Orca peut transformer 4000 tonnes de CO2 par an, ce qui représente l'émissions d'environ 2000 voitures modernes, et enviseage de monter rapidement la capacité de ses installations. D'autres machines seront construites, entre autres en Ecosse, et entraînées par l'énergie éolienne.
Or, le Panel intergouvernemental des Nations Unies sur le Changement Climatique vient d'avertir qu'il est crucial de réduire considérablement le émissions ET d'enlever de façon permanente les émissions anthropiques de gaz carbonique de l'air.

A peine un mois après le COP26, la compagnie Climeworks Carbon Dioxide Removal appelle au financement participatif pour implanter d'autres installations comme Orca, pour que chacun puisse apporter son sel dans la tambouille de réduction du taux de CO2. Leur site internet vient de lancer une idée originale de cadeau Eco: à partir de 5 euros, vous pouvez Agir Maintenant et transformer vos kilos de CO2 en pierre! Les adeptes peuvent même souscrire un abonnement...

The ecological footprint emissions from this story are an estimated 0.2g to 1,0g CO₂ per pageview.

dimanche 14 novembre 2021

Quercy sous terre

Aujourd'hui, une triple exposition temporaire se clôturait au Grenier du Chapitre à Cahors. Notre équipe (Aurélien, Lili, Myriam et Erik) a été accueillie par Bernard Sainte Marie de l'association "Art et Patrimoine" pour cette visite très agréable, nous suggérée par "Préhistoire du Sud-Ouest", où nous sommes adhérents.
Après trois conférences avec des intervenants de notoriété internationale, l'occasion rêvée pour en savoir plus sur le temps des premiers humains en Quercy...

Au rez de chaussée, une série de photos par le spéléo-photographe Jean-François Fabriol révélaient les beautés du milieu souterrain en Quercy. La deuxième partie de l'exposition rendait hommage aux premiers préhistoriens du Quercy de la fin du XIXe et début du XXe siècle, sous forme d'un rapide commentaire sur leurs travaux.


A l'étage, la grande exposition présente les gravures pariétales de la grotte de Roucadour à Thémines (Lot). Vieilles de 30 000 ans, plus de 500 figurations animales et motifs symboliques revelés par Michel Lorblanchet et son équipe de chercheurs, permettent de voir ce patrimoine exceptionnel d'une grotte qui ne peut être ouverte au public. Hors de nombreux figurations symboliques, comme les 18 cercles echancrés, la grotte de Roucadour renferme les dessins de 16 mégacéros, 11 mammouths et 24 lions. Il apparaît sur une paroi, l'image d'un esturgeon de 1m40 de long. A cette époque là, les gens consommaient du caviar !

lundi 1 novembre 2021

Adoption de la résolution de l'IUCN sur la géodiversité

Dans le bulletin FSE d'octobre 2021, la Fédération européenne de Spéléologie reproduit la résolution sur la protection du géopatrimoine et des géotopes, approuvée par l'UICN (International Union for Conservation of Nature).
La résolution s'efforce de mettre la géodiversité sur un pied d'égalité avec la biodiversité. 

Jusqu'à présent, les grottes n'étaient souvent reconnues comme des habitats pour la vie des grottes que dans les textes législatifs. La protection des géotopes est encore totalement absente, par exemple dans la directive européenne Natura 2000. De plus, les éléments à l'intérieur des grottes (comme les formations) ne sont pas protégés par les législations européennes et de nombreuses législations nationales.